Et si nos gènes gardaient en mémoire ce que nos parents ont vécu ?

Avez-vous déjà entendu le terme « épigénétique » ? Avec un peu d’étymologie nous comprenons que cela vient des termes grecs « épi » qui signifie « au-dessus » et « génétique », c’est-à-dire « ce qui est au-dessus de la génétique » ?

Un peu d’histoire…

Je sais que vous aimez bien cela !

Au 18eme siècle, l’épigenèse soutient l’idée que l’organisme se développe progressivement au cours de la vie, en opposition au préformationnisme qui pense que l’organisme miniature existe dans l’œuf ou le spermatozoïde et qu’il ne fait ensuite que grandir.

C’est grâce au biologiste, Conrad Waddington qu’apparait le mot épigénétique en 1942. A cette époque on définit l’épigénétique comme l’étude entre les gènes et l’environnement dans lequel ils évoluent et qui influent sur leur développement.

Dans les années 70/80 le sujet se modernise. Depuis plusieurs décennies déjà la science observe le phénomène de méthylation de l’ADN mais c’est dans les années 70 qu’on comprend enfin son rôle : sans que l’ADN d’une personne ne soit modifié, un groupe chimique peut venir freiner voire bloquer l’expression de certains de ses gènes. C’est-à-dire qu’un vécu « environnemental » peut avoir des incidences plus ou moins directs sur l’expression de nos gènes.

Pour faire simple, tous nos gènes ne « s’expriment » pas. C’est pourquoi deux personnes qui ont exactement les mêmes gènes peuvent vivre des choses très différentes : Les vrais jumeaux naissent avec exactement le même ADN, mais en vieillissant, leurs marques épigénétiques divergent sous l’effet de leur vécu (tabac, stress, alimentation…), si bien qu’ils peuvent développer des maladies différentes ou vieillir différemment, alors que leur génome, lui, reste identique.

Bon revenons en à nos moutons et à nos traumatismes…pourquoi ce que vivent nos parents ou grands-parents peut, parfois, laisser une trace jusqu’à nous ?

Ce que la science a déjà bien démontré

La première étude à apporter une preuve empirique solide que des conditions environnementales précoces peuvent causer des changements épigénétiques chez l’humain qui persistent toute la vie est une étude menée aux Pays-bas (Heijmans et al., 2008, PNAS). Cette étude a été réalisée auprès d’individus nés autour de la famine de l’hiver 1944/45.

Les chercheurs ont comparé les personnes conçues pendant la famine – exposées très tôt, dès la conception – à leurs frères et sœurs de même sexe non exposés – nés avant ou conçus après la famine. Comparer des fratries permet de neutraliser une partie importante des différences génétiques et familiales.

Six décennies plus tard, les personnes exposées in utero à la famine présentaient un niveau de méthylation plus faible sur un gène impliqué dans leur croissance comparé à leurs frères et sœurs non exposés. Cet effet, spécifique à une exposition très précoce (autour de la conception), renforce l’idée que les tout premiers stades du développement sont une période clé pour la mise en place des marques épigénétiques.

Et aujourd’hui ?

On observe ce phénomène autour du stress : chez des personnes ayant vécu un traumatisme, notamment dans l’enfance, un gène impliqué dans la gestion du stress fonctionne différemment, parfois de façon durable.

Mais qu’en est-il de la transmission sur plusieurs générations ?

Cela devient plus incertain quand on parle de transmission sur plusieurs générations sans lien direct : un événement vécu par un arrière-grand-parent peut-il se retrouver chez nous aujourd’hui ?

Certaines études, notamment sur des descendants de survivants de grandes tragédies historiques, ont suggéré que ce type de transmission existe. Mais les scientifiques restent prudents : il est difficile de prouver que c’est la biologie plutôt que l’éducation, l’ambiance familiale ou les non-dits.

Autrement dit : c’est une piste sérieuse et passionnante, mais pas encore une certitude scientifique.

Ce que j’en retiens, dans mon métier

Je ne suis pas scientifique, mais j’ai la certitude personnelle que ce que nous portons ne vient pas seulement de nous. Que ce soit par les gènes, par les mots que l’on nous a (ou pas) transmis, par l’histoire ressentie, par une ambiance que l’on a respirée sans même s’en rendre compte, une chose semble réelle : notre histoire commence bien avant nous !

Je suis Tiphaine Coulombier, Psychogénéalogiste certifiée

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